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67° anniversaire : LA MOTTE, 1° village libéré de Provence - 14 août 2011


67° anniversaire : LA MOTTE, 1° village libéré de Provence - 14 août 2011 67° anniversaire : LA MOTTE, 1° village libéré de Provence - 14 août 2011 67° anniversaire : LA MOTTE, 1° village libéré de Provence - 14 août 2011 67° anniversaire : LA MOTTE, 1° village libéré de Provence - 14 août 2011
Le 14/08/2011

Toutes les photos dans la galerie "La Motte en images" au bas de la page d'accueil


    Les cérémonies du 67ème anniversaire de la libération du village de La Motte ont attiré beaucoup de spectateurs.



   Le matin, au monument du Mitan, en présence des vétérans et des autorités locales, les habitants du Mitan ont écouté, avec une grande émotion, l'évocation des évènements qu'ils ont vécu. Les hommes en uniforme entouraient les parachutistes, en tenue couverte de décorations, largués au-dessus de la plaine du Mitan le 15 août 1944 au petit matin. Ils avaient 20 ans, ils en ont 90, mais leur attitude digne témoignait de leur émoi.



   Une plaque apposée sur le mur de la grange qui avait servi d'hôpital de campagne a été découverte par le Président de l'association "Mémoires de Provence", offerte pour que les générations futures n'oublient pas cette page d'histoire si importante.   Un apéritif campagnard offert par la municipalité a clôturé la cérémonie.



   La cérémonie officielle en présence des autorités civiles et militaires a eu lieu dans la soirée au mémorial de la libération, route de Bagnols. Une harmonie écossaise précédait le cortège des officiels. Les abords du mémorial étaient couverts de personnes venues pour certaines de très loin.



    À l'issue de la cérémonie, un défilé de véhicules militaires anciens et de "soldats" en uniforme de l'époque organisé, conjointement, par les associations "Mémoire de Provence" et "Forty four mémories" a attiré le public vers le centre du village pour l'apéritif offert par la municipalité sur la place Clemenceau, puis le bal "ambiance  1944" animé par un DJ installé sur le plateau arrière d'un JMC d'époque a eu beaucoup de succès. La soirée s'est terminée fort tard dans la nuit.



 Les vétérans présents, lors des cérémonies :



Les éclaireurs du 1er peloton indépendant britannique commandé par le capitaine BAKER. Ils sont les premiers à sauter en plein centre de la zone et posent les balises radio. De leur mission dépendait le succès de l’opération :  




  • Jim CHITTENDEN


  • Walter FREEGARD


  • Peter BLOCK


  • Mickaël COMPTON, représenté par son fils Chris qui revient chaque année pour honorer la mémoire de son père décédé. 



 Les parachutistes du 4ème bataillon britannique :




  • Peter MATTHEWS, parachuté derrière le monument dans le bois des Bellugues. Il revient chaque année depuis 1994.


  • Jim KNOX, blessé en touchant le sol, il est soigné dans la grange de Monsieur LAVAGNE au Mitan, puis évacué par navire hôpital



 Les parachutistes du 6ème bataillon britannique originaire du Pays de Galles :




  • Alex SUTTON, parachuté dans les bois des Esclans


  • Noël BALL,  gravement malade, n’a pas pu faire le déplacement


  • Ronald GREEN, représenté par sa veuve



 Les parachutistes du 517ème régiment parachutiste américain :




  • Léo DEAN parachuté dans un champ d’oliviers entre La Motte et Sainte-Roseline


  • Le capitaine BROUDY, représenté par son fils qui a fait le voyage pour voir l’endroit où son père a combattu.



Le parachutiste de la 596ème compagnie de génie américaine




  • Alan JOHNSON, parachuté sur Callian qui a mis plusieurs jours pour rejoindre La Motte avec ses camarades. Il est président de l’association du 517ème



     Nous nous souviendrons du Colonel Georges CHRISTIE parachuté sur le domaine de Clastron et Jack REES, tous deux parachutistes écossais disparus cette année. Nous aurons une pensée pour Joe CICCHINELLI qui n’a pas pu être venir et puis pour tous ceux qui ne sont plus de ce monde, mais que nous avons accueilli au fil des années pour leur rendre hommage, leur dire notre reconnaissance et notre admiration de cet exploit extraordinaire qui nous a donné la liberté.



Discours au Monument du Mitan :



 Mesdames, Messieurs,



         Nous sommes là au cœur de l’Histoire que nos parents ont vécu en 1944.



   Imaginez ce hameau, il y a 67 ans. Un petit coin de vie avec quelques maisons, celle de la rue principale et des fermes isolées dans la campagne. La vie y était plutôt douce malgré les privations dues à la guerre.



   On voyait bien de temps en temps des patrouilles d’Allemands passer sous les fenêtres. Mais, c’étaient des hommes fatigués venant du front de l’Est beaucoup plus mouvementé, envoyés ici se reposer un peu avant d’être expédiés vers d’autres combats. Ils étaient retranchés dans le château de Valbourgès, leur quartier général, à l’autre bout de la Commune.



    Nul ne se doutait, alors, que les évènements allaient propulser ce lieu au devant de la scène. Quelques bruits couraient qu’il se préparait un débarquement. Mais, à quel endroit exactement ?



   Seuls les résistants initiés s’affairaient, la nuit, à détruire les piquets plantés dans les vignes par les Allemands dans la journée. On s’apercevait bien du manège. On soupçonnait que quelque chose allait arriver. On savait, aussi, par la radio de Londres, écoutée en cachette, que les Américains avaient débarqué en Normandie et qu’ils se dirigeaient vers Paris. Peu à peu, l’espoir grandissait.



    Puis, une nuit de cet été 1944, en plein mois d’août, alors qu’un brouillard très épais envahit toute la plaine du Mitan, des bruits de pas et des voix les tirent de leur sommeil. Blottis à l’intérieur des maisons, ils retiennent leur souffle. Soudain, on frappe à la porte. Des mots fortement prononcés qu’ils ne comprennent pas. Des coups de pieds défoncent la porte qui s’ouvre et laisse voir des hommes en uniforme, les armes au poing, menaçants.



   Les habitants sont pétrifiés. Très vite, ils comprennent que ces soldats ne sont pas des Allemands, ils ne parlent pas la même langue.



   Le matin au petit jour, ils découvrent le ciel, maculé de milliers de tâches noires : autant d’hommes suspendus au bout des fils de leur parachute qui descendent lentement au gré du vent. Les Américains !! Ils arrivent !!



   On s’affaire, on les accueille. On ouvre la grange, ici, pour abriter les premiers blessés, ou le « cafoutcho », là-bas, pour enfermer les prisonniers. D’autres préparent la maison, celle située au milieu de la rue, pour accueillir le Général FREDERICK, commandant en chef de l’opération « Dragoon » qui a décidé d’y installer son quartier général.



   Le largage des parachutistes a duré jusqu’au milieu de l’après-midi, des planeurs ont atterri partout dans les champs et délivré les véhicules contenus dans leur flanc. Un détachement s’est dirigé vers le centre du village et hissé le drapeau français au balcon de l’hôtel de ville.



         C’est, ainsi, que La Motte est devenu le 1er village libéré de Provence.



Discours au Mémorial de la libération :



Messieurs,



     Vous aviez à peine 20 ans. Vous étiez jeunes, très jeunes. Vous souvenez-vous du camp de vie en Italie près de Rome ?



     Les planeurs sont là, bien rangés les uns à côté des autres, le nez au vent tourné vers la mer. Il y a ceux qui transporteront les hommes, les autres le matériel : les jeeps, les JMC, les camions.



     Il y a aussi les avions pour tirer les planeurs sur leur trajectoire vers l’inconnue : ce pays étranger dont vous ne connaissez même pas la langue.



     On s’affaire, on prépare, on vérifie tout : les moteurs, les armes, les radios, le paquetage, les rations de nourriture ; surtout emporter tout le nécessaire, mais seulement le nécessaire car, après, il faudra tout porter, marcher et encore marcher et pour combien de temps. Personne ne sait.



     Des milliers d’hommes attendent. Ils plaisantent, ils essaient de se distraire. Surtout ne pas penser, ne pas paniquer, éviter l’angoisse.



   Le 14 août en fin d’après-midi, à peu près à cette heure-ci, des bruits circulent : « C’est pour ce soir. On va décoller. » Branle-bas de combat !



   Les moteurs tournent, les avions décollent un à un. Les planeurs se laissent tirer. La nuit tombe. Les gorges se nouent.



   Le sac sur le dos, le casque sur la tête, serrés les uns contre les autres, ils se laissent emporter vers la France.



L’objectif : la plaine du Mitan, là où nous sommes en ce moment.



La mission : prendre le contrôle de la Vallée de l’Argens et interdire la nationale 7 aux Allemands.



   Enfermés dans le corps aveugle du planeur, assis à même le sol, ils ont les yeux fixés sur la lumière rouge, au-dessus de la porte.



   Personne ne parle, l’estomac fait des crampes. Ils ont peur. Ils pensent à leur famille, leur mère là-bas si loin de l’autre côté de l’océan, à leur frère déjà en Normandie depuis le mois de Juin.



   Il fait noir, très noir, on entend juste le souffle du vent sur les ailes du planeur.



   Soudain, une voix : « Il y a du brouillard, je ne vois rien. Nous sommes surement au-dessus de la mer ». L’angoisse : « Où vais-je poser mes pieds ? »



    Sans les voir, ils savent que, sous eux, des centaines de navires attendent au large pour déverser, au petit matin, des milliers d’hommes sur les plages varoises.



   Les paras doivent atteindre l’objectif, coûte que coûte. La réussite de l’opération dépend de la réussite de leur mission.



   L’avion se dirige aux instruments. «  On doit y être. C’est par là, à peu près. Le brouillard est encore plus épais par ici. On doit être au-dessus de la vallée.



   La lumière passe au vert. La porte s’ouvre. C’est le grand saut vers la terre française.



   Beaucoup sont tombés au bon endroit et ont pu rejoindre leurs unités. Beaucoup d’autres ont atterri très loin, en mer au large de Saint-Tropez, ou du côté de Fayence. Ceux-là ont eu la plus grande difficulté à retrouver les autres. Ils ne savaient dire qu’un seul mot, le Mitan. Beaucoup ont rencontré la mort.



 Mesdames, Messieurs,



     Rendons hommage à ces hommes qui, depuis la plaine du Mitan ou depuis une plage du bord de mer, après avoir libéré Toulon et Marseille, ont traversé la France, la Lorraine et l’Alsace pour rejoindre l’Allemagne : une page d’histoire si proche de nous, encore présente grâce aux récits de ceux qui l’ont vécu, militaires ou civils.



    Je vous raconte cela avec une grande émotion et beaucoup de respect. J’ai moi-même vécu cette guerre au travers des paroles de mon père qui résonnent, encore, à mes oreilles. Il avait débarqué sur la plage de La Nartelle, le 20 août 1944, avec les troupes de la 1ère armée française.



   Nous sommes là au point de départ de cette grande épopée qui a donné à notre vie un autre visage, celui de la liberté.



Merci, Messieurs, merci. Nous sommes fiers de vous.



 Sabine VACHALD, Maire de La Motte.



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